Trottinettes non assurées : une situation préoccupante
Depuis l’adoption de la réglementation en 2019, les trottinettes électriques sont reconnues comme des Engins de Déplacement Personnel Motorisés (EDPM), ce qui implique qu’elles doivent être couvertes par une assurance responsabilité civile. Pourtant, un constat alarmant se dégage : sur les 3 millions de trottinettes en circulation en France, près de 66,7 % circulent sans aucune assurance. Ce phénomène n’est pas qu’une simple infraction ; il représente un coût annuel de 132 millions d’euros supporté par les automobilistes assurés. Ces fonds sont essentiellement versés par le Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires (FGAO), qui indemnise les victimes d’accidents causés par des conducteurs non assurés.
Ce fléau illustre une crise financière silencieuse qui pèse de plus en plus lourd sur les automobilistes. Ceux qui respectent les règles se retrouvent effectivement à financer les comportements irresponsables des autres. C’est une distorsion qui remet en question le modèle de solidarité de l’assurance dans le pays. Alors que l’automobiliste risque d’être immobilisé en cas de contrôle et de recevoir une amende significative de 3 750 euros, les conducteurs de trottinettes continuent de circuler sans crainte de sanctions.
La question qui se pose alors est : pourquoi tant de conducteurs de trottinettes choisissent-ils de ne pas s’assurer ? Deux éléments prédominent dans cette problématique. Premièrement, le profil des utilisateurs de trottinettes électriques est majoritairement jeune et souvent précaire, avec une perception de la trottinette comme un simple gadget urbain plutôt que comme un véhicule motorisé. Deuxièmement, l’absence de contrôle direct — pas d’immatriculation ni de vérification de l’assurance — contribue à cette situation chaotique.
Un constat d’échec de la réglementation
Les chiffres du FGAO montrent que les trottinettes constituent désormais la deuxième catégorie de véhicules sans assurance impliqués dans des accidents corporels, juste derrière les voitures. Cela souligne un échec systémique dans la mise en œuvre de la loi. L’absence d’immatriculation et le manque de vérification rendent la régulation quasi impossible. Pour les automobilistes, cela crée un sentiment d’injustice, particulièrement lorsque l’on considère les accidents en hausse impliquant ces engins.
Les recours en indemnisation par le FGAO révèlent également une tendance inquiétante. En 2024, 818 victimes ont été indemnisées après des accidents provoqués par des trottinettes non assurées, une augmentation de 8 % par rapport à l’année précédente. Pendant ce temps, les sinistres liés à d’autres véhicules motorisés non assurés sont en réduction. Ce contraste dénote une crise qui devient de plus en plus visible et qui pèse sur l’équilibre des coûts des assurances.
La nature des dommages causés par des trottinettes non assurées peut être catastrophique. Un accident impliquant un piéton peut entraîner des coûts d’indemnisation qui dépassent souvent le million d’euros. Une telle situation entraîne non seulement des conséquences financières pour les victimes, mais crée également des dettes à long terme pour les conducteurs responsables qui, souvent, ne perçoivent pas la gravité de la situation.
Les profils des conducteurs de trottinettes
La majorité des utilisateurs non assurés ont moins de 30 ans. Parmi eux, beaucoup sont étudiants, sans emploi stable ou travaillent dans des métiers précaires. Cette population ressent une certaine insouciance vis-à-vis des obligations légales qui s’appliquent aux véhicules motorisés. Ils perçoivent généralement la trottinette comme un moyen de transporter rapidement sur de courtes distances en milieu urbain, sans tenir compte de la responsabilité qui en découle.
Ce décalage entre perception et réalité a été souligné par plusieurs experts en sécurité routière. L’avocate Célandine Rigoulot a déclaré qu’un conducteur de trottinette non assuré peut se retrouver « avec une dette de toute une vie », ce qui soulève des questions cruciales sur la mobilité urbaine et la sécurité. La perception d’un engin « ludique » plutôt que d’un véhicule à part entière illustre un mal profond dans la compréhension des enjeux de sécurité routière.
Ce phénomène de la non-assurance est exacerbé par des comportements à risque, tels que le débridage des trottinettes. Des cas extrêmes, comme des trottinettes atteignant des vitesses de 70 km/h, montrent que le danger n’est pas qu’une question de réglementation ; il s’agit aussi d’éducation et de responsabilité collective. Un cadre législatif efficace est indispensable pour contrer cette tendance.
Le coût indirect pour les automobilistes
Il est crucial de comprendre que les automobilistes assurés, par le biais de leurs primes, subventionnent effectivement les indemnités pays aux victimes d’accidents causés par des trottinettes non assurées. En 2024, le FGAO a versé un total de 132 millions d’euros pour ces sinistres, un montant qui a augmenté de 25 % depuis 2018. Cette hausse est directement liée à l’augmentation du nombre d’accidents impliquant ces véhicules. Les automobilistes, qui respectent la loi, paient pour l’irresponsabilité d’autres usagers de la route.
Ce financement du FGAO est souvent invisible pour les assurés, puisque la contribution est incluse dans le coût global de l’assurance automobile. Cela crée une distorsion où seuls ceux qui respectent les règles doivent payer pour ceux qui ne le font pas, renforçant ainsi un climat d’inégalité. Chaque accident supplémentaire lié aux trottinettes augmente la pression sur les primes d’assurance auto, ce qui rend la situation encore plus désavantageuse pour les automobilistes.
| Année | Montant versé par le FGAO (en millions d’euros) | Nombre d’accidents impliquant des trottinettes |
|---|---|---|
| 2018 | 106 | 750 |
| 2019 | 110 | 800 |
| 2020 | 115 | 850 |
| 2024 | 132 | 1000 |
Pour les automobilistes, il est crucial de connaître cette réalité afin de militer pour des solutions efficaces. La problématique des trottinettes non assurées touche tous les usagers de la route, et il est impératif d’agir rapidement pour inverser cette tendance. Que ce soit par le biais de régulations plus strictes, de l’immatriculation, ou d’un contrôle technique, les pistes de réflexion sont nombreuses. Les enjeux sont clairs : il est temps d’assurer la sécurité routière pour tous et de garantir que chacun paie son dû.
Solutions envisagées pour lutter contre la non-assurance
Pour endiguer cette montée des trottinettes non assurées, plusieurs solutions sont actuellement examinées. Une des premières propositions porte sur l’imposition d’une immatriculation obligatoire pour ces véhicules. Cela permettrait d’uniformiser la vérification des assurances et de réduire la sensation d’impunité qui règne aujourd’hui. Les contrôles de police deviendraient ainsi plus efficaces, facilitant l’application de la loi.
Une autre option serait d’introduire un contrôle technique annuel ou de requérir un permis de conduire spécifiquement pour les EDPM. Bien que cela pourrait sembler excessif à certains, c’est une mesure qui pourrait forcer les utilisateurs à prendre conscience de l’aspect légal de leur véhicule.
Une proposition encore discutée est d’inclure automatiquement les garanties EDPM dans les contrats d’assurance habitation, afin d’offrir une couverture à tous, moyennant un coût marginal. Cela pourrait rendre l’assurance plus accessible et inciter davantage de conducteurs à respecter les règles. Cependant, cette solution présente aussi ses limites, notamment en ce qui concerne les personnes qui ne possèdent pas l’engin.
Aucune solution n’a encore fait consensus, mais l’urgence de la situation est claire. Avec des millions d’euros de coûts supportés par les automobilistes, le statu quo est devenu intenable. Seule une action collective et un encadrement rigoureux peuvent restaurer un équilibre nécessaire pour la mobilité urbaine en toute sécurité.

