Mondher Khabcheche et la vision d’une assurance proactive en Tunisie
Mondher Khabcheche, président de la FTUSA (Fédération Tunisienne des Sociétés d’Assurances), a récemment pris la parole pour mettre en avant l’évolution nécessaire du secteur de l’assurance tunisienne. Face à un contexte de transformations économiques et sociales, il évoque l’importance de passer d’une résilience discrète à une dynamique proactive. Cette transition est cruciale pour répondre aux défis d’un marché en mutation et pour restaurer la confiance des assurés.
Au cours de la dernière décennie, le secteur assurantiel tunisien a connu des changements significatifs. Le chiffre d’affaires a plus que doublé, atteignant 3,8 milliards de dinars en 2024, ce qui témoigne d’une croissance solide même si cette dernière demeure principalement quantitative. En effet, le marché reste encore trop focalisé sur l’assurance automobile, qui représente environ 40% des parts de marché. Cette concentration sur un segment spécifique illustre le besoin urgent d’innovation et de diversification.
Pour Khabcheche, il est impératif que les entreprises d’assurance adoptent de nouvelles approches dans la manière dont elles interagissent avec les clients. Cela inclut des campagnes de communication plus agressives et des actions commerciales visant à éduquer le marché des produits d’assurance au-delà de la simple préoccupation de la voiture. Le chef de la FTUSA appelle à une prise de conscience collective pour dépasser les blocages culturels qui poussent les Tunisiens à privilégier l’immobilier, souvent perçu comme un investissement plus sûr et plus rentable que des produits d’assurance.
Les défis ne se limitent pas à l’évoluer l’esprit des consommateurs. Mondher Khabcheche souligne également l’importance d’une coopération étroite entre les secteurs public et privé. Un cadre de partenariat public-privé devra voir le jour pour aborder les risques catastrophiques, tels que les catastrophes naturelles, qui constituent une menace croissante pour le pays. De telles initiatives sont non seulement nécessaires pour protéger les assurés mais également pour garantir une meilleure gestion des ressources en cas de crise.

La résilience économique du secteur assurantiel tunisien
La résilience du secteur assurantiel tunisien a été mise à l’épreuve face à plusieurs crises successives : la pandémie, la guerre en Ukraine, et les répercussions politiques locales. Malgré cela, le secteur a réussi à maintenir la solvabilité de toutes ses entreprises. Cette robustesse est un élément clé de la stabilité du marché, mais Khabcheche souligne que cette résilience ne doit pas être confondue avec l’absence de problématiques à adresser.
En effet, les assureurs ont honoré leurs engagements envers les assurés, versant plus de 6,4 millions de dinars par jour d’indemnités. Cependant, Khabcheche appelle à une réflexion plus profonde sur la qualité de cette résilience. La collectivité doit intégrer le concept de dynamique proactive pour non seulement répondre à la demande actuelle, mais également anticiper les défis futurs. Cela implique une transformation radicale dans l’approche des produits d’assurance, impliquant davantage de flexibilité et d’adaptabilité aux besoins des clients.
Les chiffres peuvent sembler encourageants, mais ils cachent une nécessité de rupture avec le modèle traditionnel qui régit encore le secteur. La diversification des offres, notamment par le biais de nouvelles technologies et de l’innovation, s’avère indispensable. L’utilisation de l’intelligence artificielle pour l’estimation des risques climatiques, la création de produits d’assurance adaptés aux nouvelles réalités du marché, comme les assurances indicielles ou les offres de couverture contre la cybercriminalité, doivent devenir des priorités.
Khabcheche mentionne également le défi majeur de la gestion des risques systémiques, liée principalement à l’impact du changement climatique. Le secteur assurantiel est appelé à évoluer pour s’adapter aux risques émergents, un changement qui ne peut se faire sans un soutien constant des instances de régulation et des acteurs publics. Des efforts de prévention active doivent être mis en place, notamment à travers des programmes d’éducation des collectivités locales pour réduire l’exposition aux risques. Ceci pourrait passer par des projets conjoints avec des municipalités pour renforcer la résilience des communautés.
Les défis institutionnels et réglementaires du secteur
Un autre axe essentiel abordé par Mondher Khabcheche concerne les défis institutionnels et réglementaires auxquels les compagnies d’assurance font face aujourd’hui. La nécessité d’un passage vers une supervision basée sur les risques (SBR) est déjà évoquée dans plusieurs forums. Cela nécessitera des investissements technologiques importants et l’adoption des normes IFRS 17, qui sont cruciales pour assurer la transparence et la fiabilité des états financiers des entreprises.
En parallèle, un contexte réglementaire en évolution impose un suivi strict des risques liés à la durabilité et au changement climatique. Le communiqué du CMF du 25 décembre 2025, par exemple, introduit des mesures sur les informations financières à fournir en lien avec les risques environnementaux et sociaux. Khabcheche souligne que ce passage à une vision plus large et inclusive des responsabilités des entreprises est fondamental pour garantir le succès à long terme du secteur.
Le cadre réglementaire actuel peine souvent à soutenir l’innovation puisqu’il s’oppose aux nouvelles technologies, notamment dans le domaine de l’insurtech. La mise en place d’un « bac à sable » réglementaire est mentionnée comme une solution potentielle pour permettre aux jeunes entreprises d’opérer sans l’étouffement de règles trop rigides. Ce système pourrait offrir un espace propice à l’innovation, permettant ainsi une concurrence santé au sein du secteur.
Pour Khabcheche, réformer le cadre réglementaire est une nécessité pour libérer tout le potentiel du secteur et encourager les entreprises à collaborer et à innover. Tous ces changements doivent être soutenus par des campagnes de sensibilisation qui éduquent le public sur les produits d’assurance, créant ainsi une culture de prise de risque calculée et d’engagement à long terme envers les compagnies d’assurance. Cela constitue une approche essentielle pour la transformation du marché tunisien.
La quête de transparence et la restauration de la confiance
Un autre aspect critique dans la stratégie de Mondher Khabcheche consiste à renforcer la transparence au sein du secteur. La confiance des assurés repose largement sur la capacité des compagnies d’assurance à éviter les malentendus historiques qui ont entaché la réputation du marché. Khabcheche insiste sur le fait que « c’est en ouvrant nos “boîtes noires” que nous parviendrons à lever les malentendus ». La certification rigoureuse des comptes d’entreprise et un suivi en temps réel des dossiers de sinistres pourraient aider à renforcer cette confiance.
Pour ce faire, la FTUSA se concentre sur la communication proactive avec les assurés, facilitant l’accès aux informations concernant les contrats et indemnisations. Chaque client indemnisé rapidement devient un ambassadeur pour l’entreprise. C’est pourquoi Khabcheche prône un objectif clair : indemniser les assurés dans un délai de 48 heures. Cet engagement à respecter permet de renforcer le lien de confiance entre les assureurs et leurs clients, créant ainsi un cercle vertueux au sein du secteur.
La digitalisation, ainsi que l’optimisation des services clients, s’avèrent également vitales pour atteindre cet objectif. Les technologies numériques peuvent non seulement fluidifier les opérations, mais aussi améliorer les relations avec les clients. En rendant le processus plus accessible et transparent, il est plus probable que la population tunisienne considère l’assurance comme un élément essentiel de sa planification financière.
Pour instaurer une culture de confiance, il est impératif que les compagnies d’assurance adoptent ces changements et utilisent ces initiatives pour se présenter comme des partenaires fiables. Une telle stratégie pourrait engendrer une renaissance du secteur de l’assurance en Tunisie, ouvrant la voie à une dynamique proactive qui répond aux attentes d’une société en constante évolution.
Cas pratiques et enjeux de l’assurance vie en Tunisie
Enfin, Khabcheche évoque la nécessité de promouvoir l’assurance vie, qui a connu une croissance impressionnante ces dernières années, atteignant une croissance à deux chiffres. Le segment a récemment vu sa part de marché passer de 17 % à 30 %. Portée principalement par la bancassurance et des mesures fiscales, son développement demeure un enjeu crucial pour l’avenir financier des Tunisiens.
Le plafond fiscal de 100 000 dinars de déductibilité pour les primes d’assurance-vie constitue un levier important pour attirer de nouveaux épargnants, notamment les jeunes et les actifs. Toutefois, pour que l’assurance vie devienne un réflexe national, il est essentiel que les compagnies mènent des campagnes de communication plus ciblées, mettant en avant les avantages fiscaux immédiats ainsi que les bénéfices futurs de la capitalisation.
Actuellement, le marché de l’assurance vie en Tunisie se limite à quelques produits, ce qui crée un manque de diversité. En comparant avec d’autres marchés comme celui de la France, où les banques peuvent proposer un éventail beaucoup plus large de produits, le marché tunisien pourrait considérablement s’enrichir en élargissant son catalogue. Cela pourrait inclure des assurances santé, des prévoyances pour la retraite et des polices adaptées aux évolutions démographiques.
La promotion de l’assurance vie comme solution d’épargne nationale pourrait également soutenir d’importants projets d’infrastructure. Effectivement, l’assurance vie devrait devenir un moteur dans le financement de projets ambitieux, comme la transition énergétique ou les infrastructures. En ce sens, une collaboration accrue entre les secteurs public et privé doit être envisagée afin de mobiliser des ressources financières pour des investissements à long terme.
| Actions | Objectifs | Résultats Attendus |
|---|---|---|
| Promotion de l’assurance vie | Augmenter la part de marché à 40% | Attraction de nouveaux épargnants |
| Digitalisation des services | Fluidifier l’accès aux informations | Renforcer la confiance des assurés |
| Partenariat public-privé | Améliorer la gestion des risques | Gestion efficace des catastrophes |
Cette vision extensive de l’assurance et ses objectifs, partagés par Mondher Khabcheche, sont une invitation à la réflexion pour les acteurs du secteur. En mettant en œuvre des stratégies de croissance proactive et en favorisant une culture de la confiance, la Tunisie pourrait voir son secteur d’assurance se transformer en un modèle de développement pour les années à venir.



